24.10.2011
Dis-moi comment tu manges, je te dirai qui tu es
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LE SENS ESSENTIEL
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Dis-moi comment tu manges, je te dirai qui tu es
Nos façons de nous servir, d’utiliser couteau et fourchette, de poser mains ou coudes sur la table, de contrôler le bruit de sa mastication, l’ouverture de sa bouche, d’exprimer son contentement racontent une éducation.
Elles révèlent à la fois une histoire individuelle, sociale, un attachement à des habitudes générationnelles, un monde intime construit depuis la petite enfance.
Curieusement, il n’est pas facile de se montrer tolérant à table. Dans Voyages en gourmandise, j’avais souligné mes propres déplaisirs avec certains compagnons de table : « Il suffit d’un rien pour que je m’agace de leurs manières et de leurs manies. Le moindre détail m’irrite, me dérange, me coupe l’appétit, et il m’est pénible de manger en face de quelqu'un qui slurpe, ouvre la bouche sur ce qu'il mâche, bâfre, pignoche, n'aime rien, trie et range ses aliments dans son assiette, boit pour faire descendre, se cure les dents avec un ongle, attend que tout soit froid avant d’attaquer, postillonne, s'en fout partout, bave, avale tout rond, utilise le couteau comme une fourchette, le glisse dans sa bouche comme s’il voulait se punir (j’ignore de quelle religion me vient cette épouvante devant le couteau hérétique lancé dans un duel avec la langue…
Bref, je suis, à table, d’une grande intolérance. Quelle que soit mon affection pour de tels convives, je ne leur pardonne pas leurs mauvaises manières. Ce n'est pas vraiment du dégoût, mais si dégoûter signifie ôter le goût, ces broutilles me gâchent le goût de tout. Ma volonté maniaque de voir respectées des règles strictement personnelles n’est en réalité que vulgaire impolitesse. A chacun ses mauvaises manières.. »
Les habitudes de table sont évidemment dictées d’une façon plus générale par la culture à laquelle on appartient. Lors d’une rencontre à Shanghai autour de la collection Exquis d’écrivains, j’ai été stupéfaite de constater que la plupart des Chinois présents craignaient de se retrouver en train de manger avec nous. Ils redoutaient que leurs manières de table ne soient mal jugées et craignaient d’être choqués eux aussi par notre façon de manger.
Méfiance compréhensible : Ce qui est considéré dans une culture comme la pire des impolitesses peut se révéler gage de savoir-vivre ailleurs (slurper avec force bruit ses pâtes au Japon est une manière très polie de montrer qu’on les apprécie ! utiliser un couteau à table semble agressif et quasiment guerrier pour un Chinois !).
Si les cultures polissent avec autant de soin nos manières de table, c’est sans doute pour masquer et civiliser la part animale qui se laisse apercevoir en nous lorsque nous mangeons.
L’animal goûteur
12:17 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : chantal pelletier, goût, saveurs, gourmandises, table



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