02.02.2012

ROMANS GOURMANDS

CHANTAL PELLETIER

SAVEURS DES MOTS DES SAVEURS

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Parmi les textes gourmands d’auteurs français contemporains vivants, La Seiche, remarquable ouvrage de Maryline Desbiolles raconte, par petites séquences, la préparation de seiches farcies pour un dîner d’amis. Toute à la confection de ce plat délicat, la narratrice revisite sa vie, sa famille, ses origines…  une recette où le riz entre dans la composition me fait toujours sourire intérieurement. Je ne serais pas même étonnée qu'on me fasse remarquer que je souris pour de bon à l'évocation du riz. Sans doute que le petit grain était, plus encore qu'appelé à disparaître dans nos bouches, le trait d'union délicat et nacré entre la consonance italienne du nom de famille de ma mère (le risotto de ma grand’mère) et sa naissance en Savoie où son père et sa mère avaient émigré dans les années vingt (le riz à la béchamel de la même grand-mère

Nulle n’a su mieux dire qu’elle les bonheurs de l’évasion dans la paix d’une cuisine. Comme pour Michel Onfray, le fil gourmand traverse l’œuvre poétique et romanesque de Maryline Desbiolles, et spécifiquement dans un autre petit livre Manger avec Piero[1], où ses souvenirs d’enfance gourmande dans sa famille maternelle italienne se mêlent aux grandes fresques de Piero della Francesca. Un régal !

Dans un tout autre genre, Mangez-moi !, d’Agnès Desarthe[2], roman qui connut un grand succès et fut traduit en de nombreuses langues, raconte, sur un ton vif, les aventures d’une jeune femme qui décide d’ouvrir un restaurant. On ne peut guère douter de l’appétit de l’auteure pour les plaisirs culinaires. Elle confesse qu’elle consacre presque autant de temps à la cuisine qu’à l’écriture, la traduction, ou à sa vie familiale.

Ce qui ne parait pas forcément le cas de Muriel Barbery, qui se prétend « pas particulièrement gourmande », et dont le premier roman fut exclusivement consacré au goût[3] (un critique gastronomique, à la fin de sa vie, s’interroge sur ce qu’il a réellement apprécié et passe en revue ses bonheurs, ses déceptions, ses compromissions avant de re-découvrir le vrai souvenir qui lui a apporté la félicité…).

Le cuisinier, de Martin Sutter[4], outre un récit complexe qui prend son essor dans des coulisses très contemporaines de la restauration, a notamment le mérite de faire un mélange … détonnant entre la gastronomie indienne (tamoule) et la cuisine moléculaire !

La gourmandise s’écrit bien sûr sur tous les tons. Pour Exquis d’écrivains, je voulais des textes sucrés, salés, acides, piquants, et… amers pourquoi pas. Je souhaitais que toutes les saveurs s’y mêlent. Je n’ai pas été déçue et j’ai reçu de vrais cadeaux d’écriture qui ouvraient l’appétit… et l’esprit.

 

 



[1] Mercure de France

[2] Editions de l’OLivier

[3] Une gourmandise, aux éditions Gallimard

[4] Editions Bourgois

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