20.02.2012
Musique des cuisines
CHANTAL PELLETIER
SAVEURS DES MOTS DES SAVEURS
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Musique des cuisines
Il existe en cuisine un vocabulaire inusité et savoureux, souvent régional, presque familial, pour désigner des récipients (il y avait des tians minuscules (bassines à vaisselle ou plats à gratin, le même mot servant alors pour le contenant et le contenu) ; des ouros (marmites vernissées) ; des toupins (pots à lait ou à sauce) ; des gargoulettes. Ces gargoulettes, remplies d’une certaine quantité d’eau imitaient, si l’on soufflait par le bec, le chant du rossignol ou du chardonneret[1].», des ustensiles, (elle graissait le billig[2] de saindoux, étalait l’onctueuse pâte de farine de blé noir avec le rozell, retournait la galette d’un habile mouvement de palkenn[3] gravée d’une hermine[4]…).
Souvent, j’ai dû demander aux auteurs d’Exquis d’écrivains de mettre des notes de bas de pages pour expliquer des mots que je ne connaissais pas…
C’est à une musique poétique évoquant l’apaisement et le recueillement que Peter Handke fait superbement écho dans un petit texte écrit pour le spectacle « La cuisine » de Mladen Materic[5] : « Quand on épluche les pommes de terre, ça fait à peu près le même bruit que quand on coiffe les cheveux d’un enfant… Quand on épluche un concombre on entend le glissement de la luge dans la première neige… quand on coupe le fruit de la passion, il s’ouvre parfois avec le soupir d’un être qui a été pendant longtemps abandonné… »
Les mots de l’appétit sont à suçoter longuement en imaginant les arômes et les saveurs qui vont se révéler lorsqu’ils seront ouverts d’un coup de fourchette ou d’un coup de dent.
Mais la langue autour du travail culinaire n’est pas toujours élaborée : parler un anglais (ou français) de cuisine n’est pas preuve d’une grande habileté linguistique…
Le français de cuisine
La gourmandise est une puissante génératrice de mots, elle les déplace, les crée, les déforme, les image…
Rien à voir avec l’expression « l’anglais de cuisine » pour les Français, ou « le français de cuisine » pour les Anglais.
Il s’agit d’un anglais ou d’un français déformé cherchant à faire croire qu’il est une langue étrangère car lui ont été ajoutées des finales qui ressemblent aux sonorités courantes de cette langue (par exemple, Jean Yanne dans certains sketches ou bien Astérix avec Obélix parlent « un latin de cuisine »). Pourquoi de cuisine ? Parce que jadis les cuisiniers (qui travaillaient il y a fort longtemps « à l’international » et ne parlaient que leur langue) ajoutaient des désinences latines aux mots pour faire croire qu’ils maitrisaient une langue étrangère…
Métier difficile n’est-ce pas, aussi compliqué que les cuisines politiques. D’ailleurs il faut cuisiner quelqu’un pour le faire avouer !
08:59 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : chantal pelletier, saveurs, aux bonheurs du goût



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